VidaExtra: présentation du projet.

Le projet du film VidaExtra naît de deux chemins qui s'imposent ensemble:
le roman de Peter Weiss L'Esthétique de la Résistance, qui m'accompagnait
à cette époque, et la ré-occupation qu'un groupe de personnes a fait de
l'immeuble du Banco Español de Crédito, un bâtiment placé sur la face nord-ouest
de la Place de la Catalogne à Barcelone, et ce la veille de la grève générale
du 29 septembre 2010.

L'autre occupation du même immeuble, quand il s'appelait Hôtel Colón, avait été
menée par la population de Barcelone loyale au gouvernement républicain, quand
elle avait réussi à y cloîtrer les derniers militaires putschistes et avait gagné à
nouveau la ville le 19 juillet 1936 à quatre heures de l'après midi. L'Hôtel Colón
est alors devenu le siège du PSUC (Parti Socialiste Unifié de la Catalogne, les
communistes catalans) pendant la Guerre Civile.

D'une certaine façon, les différents collectifs et des anonymes rassemblés
autour du "Moviment del 25", refaisaient 1936.

Dans le roman de Weiss, le narrateur protagoniste, inscrit aux Brigades Internationales,
arrive en Espagne en train par Barcelone, en chemin vers Cueva La Potita, à
Albacete. Une après-midi de 1937, en revenant fasciné de la Sagrada Familia, il
rentre à la Place de Catalogne et il s'arrête devant l'Hôtel Colón "dont la porte
était flanquée par deux pancartes sur lesquelles un Lénine coléreux regardait
le sourire de son Secrétaire-Général".

Ce soir de 2010, les deux statues qui flanquaient la porte d'entrée étaient déguisées.
Sur les façades du bâtiment se lisait en grandes lettres: "Ceci n'est pas la crise,
ça s'appelle le capitalisme".

VidaExtra commence à l'intérieur de l'Hôtel Colón, au tout début du XXème siècle.
À travers des photos et des cartes postales de l'époque nous visiterons ses salons
et ses salles à manger modernistes, la nouvelle façade noucentista et nous sortiront
à la Place de Catalogne grâce à une succession d'images qui nous portent de 1902 à
1940, au tout début de la construction au même endroit de ce qui serait le Banco Español
de Crédito de l'Espagne gouvernée par le fascisme. Une image de la façade de l'Hôtel
Colón en 1937 nous rappelle son occupation pendant la Guerre Civile et nous guidera
vers sa ré-occupation en 2010.

Sur les murs des grands magasins "El Corte Inglés", à côté de l'immeuble occupé, une
affiche est projetée depuis l'assemblée: "C'est déjà la grève au Corte Inglés" (une blague
sur leur campagne de "C'est déjà le printemps au Corte Inglés"). Dans cet immeuble, qui
était en 1937 l'Hôtel Victoria, se logeait le protagoniste de L'Esthéthique de la Résistance
pendant son séjour à Barcelone. Y étaient déposées les recettes des services publics
collectivisés par l'administration de la CNT-FAI. Et l'affiche sur la façade des grands magasins
nous ramène à un passage du roman de Peter Weiss, quand le narrateur se balade dans
ces endroits.

Pour garder le concept formel du roman, structuré en longs blocs sans point ni retour
à la ligne, cet extrait traverse l'écran sous la forme d'un texte continu sur un rouleau
de papier, visible grâce à une boîte à lumière, à travers une petite fenêtre coupée au
milieu de l'écran qui centre notre attention sur la lecture.

Petit à petit nous nous approchons depuis la place vers l'intérieur de l'immeuble, où
l'assemblée va commencer.

Le côté visuel n'est que de la matière jaillissant du cœur de l'immeuble et ne permet
pas l'identification des intervenants. L'attention se déplace vers la bande de son, où
les discussions se livrent. Au programme : l'organisation des piquets de grève pour
le jour suivant, l'utilisation de l'espace pendant les prochains jours, la discussion d'initiatives
orientées vers la réappropriation de la vie quotidienne.

De retour à la maison, ce qui a été dit cette nuit-là, sera confronté au quotidien des
personnages protagonistes du film: cinq amis anonymes qui ne sont plus ni des adolescents
ni des militants communistes, comme les personnages du roman, mais qui essaient pourtant
de s'opposer à l'état des choses, comme les protagonistes du roman de Weiss: le narrateur,
Hans Coppi, Horst Heilmann, Karin Boye et Charlotte Bischoff.

Barcelona, septembre 2012

 

Ramiro Ledo Cordeiro

traduction par moi même
révision de Miguel García et Marion Abadie

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